.
Nouvelle Absurde
Assise par terre près du lit, j'essaie de vider mon esprit. Je fixe la fumée de ma cigarette, tire une longue bouffée. Je la sens coulée dans ma gorge, en même temps que les larmes sur mes joues. Encore un jour de passé, encore un jour absurde. Je me lève lentement, portant sur moi tout le poids de l'humanité. Plus rien n'a de sens depuis que j'ai fermé les yeux, que les larmes ont commencé à couler continuellement.
C'était un soir de novembre, sous une fine pluie, devant une tombe. J'ai compris la fragilité et la bêtise de l'être humain. J'ai compris que c'était fini pour moi. J'ai posé sur la tombe la rose que je tenais et j'ai marché. Je pensais que la pluie pourrait me laver de ce sentiment oppressant mais rien n'a pu l'effacer. Ce sentiment qui ne me lâche plus, c'est l'aigreur, la rage et la résignation.
Je regarde le ciel, les étoile, la lune. A quoi bon? Ca n'a pas plus de sens que le reste. Plus rien n'a de sens depuis ce soir de novembre, il y a quatre ans. Tout est maussade, sans goût, comme si je voyais le monde à travers un voile opaque. Les sons me parviennent atténués, les couleurs me paraissent fades.
Je referme mes lèvres sur ma cigarette. Je me tue à petit feu. Non. Je suis morte depuis longtemps. Je ne suis plus qu'une illusion que mon âme se refuse à libérer. Tout n'est qu'illusion: mes gestes, les objets que je touche, le son de ma voix.
Je décide enfin de sortir. Je croise dans le couloir ma mère qui ne me voit même pas. Elle a le regard aussi vide que le mien. Je sors. Une douce brise souffle dans la rue déserte. Je vois les feuilles des arbres roussis par l'automne s'agiter et virevolter en tombant. Je prends la direction du cimetière à pas lents, silencieux.
Lorsque j'arrive devant la tombe, je m'agenouille et la fixe, incapable de laisser éclater ma douleur. Les souvenirs me reviennent peu à peu. Je me rappelle de nos rires complices, des petits instants de bonheurs partagés, comme des épreuves traversées main dans la main. Je me remémore aussi tes sanglots lors de l'enterrement. Mes souvenirs s'arrêtent là. Il n'y aura plus jamais de moments partagés. Il ne reste
que mon absence.
Tout ça à cause d'un homme qu'on n'a jamais retrouvé. Un criminel au regard cruel, capable d'étrangler froidement sa victime, la fixant dans les yeux. Ce regard me hantera toujours. Il m'empêche de trouver la paix, me retiens, m'emprisonne dans mon état.
Je frôle doucement de mes doigts le nom gravé sur la pierre: mon nom.
~ Mystisia ~.......